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Le suicide ne survient presque jamais sans signes, selon une experte en santé mentale

Le suicide ne survient presque jamais sans signes, selon une experte en santé mentale Lamine Mireille, assistante technique au Programme national de santé mentale, revient sur l’importance du repérage précoce pour la prévention des souffrances psychologiques.
Abidjan, Côte d’Ivoire (Top News Africa) Derrière des signes souvent banalisés insomnie, isolement, pleurs inexpliqués ou paroles exprimant une lassitude de vivre se cachent parfois de véritables détresses psychologiques.
En Côte d’Ivoire, la santé mentale demeure encore un sujet entouré de silence et de tabous, alors même que les signaux d’alerte peuvent apparaître bien avant la crise ou le passage à l’acte. Dans uen interview accordée à l’agence de presse Top News Africa en marge de la campagne Y’ello Care, qui rapproche les services de santé des populations grâce au dépistage numérique et à la téléconsultation, Lamine Mireille, assistante technique au Programme national de santé mentale, revient sur l’importance du repérage précoce. Elle raconte également une expérience marquante vécue sur le terrain, où une simple discussion a permis de révéler une détresse profonde et potentiellement évitable.

Top News Africa : La  santé mentale demeure encore un sujet souvent entouré de tabous et de méconnaissance. Comment peut-on définir la maladie mentale aujourd’hui ?

Lamine Mireille : La maladie mentale reste encore largement mal comprise par la population, bien qu’il s’agisse d’une affection au même titre que les autres. Elle peut être considérée, dans de nombreux cas, comme une pathologie chronique, même si toutes les formes ne s’inscrivent pas dans la durée. Certaines troubles sont en effet passagers et peuvent être pris en charge efficacement, tandis que d’autres s’installent dans le temps.

Top News Africa :  Lorsqu'on parle de santé mentale, beaucoup de personnes pensent immédiatement à la folie. Quels sont pourtant les premiers signes qui doivent alerter ?

Lamine Mireille : Nous préférons justement ne pas attendre que la maladie s'installe. Notre objectif est d'aider les populations à repérer les premiers signaux d'alerte. Une personne qui s'isole brusquement, qui ne participe plus aux activités qu'elle aimait, qui devient silencieuse alors qu'elle était joviale, doit attirer notre attention.

Il y a aussi ceux qui pleurent sans raison apparente, qui perdent le sommeil, qui restent éveillés toute la nuit avec des pensées qui tournent en boucle. D'autres deviennent soudainement irritables, nerveux ou changent complètement d'humeur. Tous ces changements de comportement ne doivent jamais être banalisés.

Quand quelqu'un que vous connaissez bien change du jour au lendemain, il faut se poser des questions. Ce sont parfois les premiers signaux d'une souffrance psychologique.

Top News Africa : Pourquoi insistez-vous autant sur le repérage précoce ?

Lamine Mireille : Parce que la prévention sauve des vies.

Nous ne voulons pas attendre que les personnes arrivent à un stade avancé de la maladie. Nous voulons donner à chaque citoyen les connaissances nécessaires pour reconnaître ces signes et orienter rapidement la personne vers un professionnel de santé.

La santé mentale est l'affaire de toute la communauté. Chacun peut devenir le premier maillon de la chaîne de prévention : un voisin, un collègue, un parent ou un ami peut remarquer qu'une personne ne va plus bien.

Top News Africa : La campagne Y'ello Care introduit une innovation numérique. En quoi consiste-t-elle ?

Lamine  Mireille : Pendant ces 21 jours de campagne, nous utilisons une plateforme numérique accessible sur tablette. En une dizaine de minutes, nous pouvons effectuer un dépistage qui permet d'identifier une suspicion de dépression, d'anxiété ou même un risque suicidaire.

L'outil pose plusieurs questions simples mais essentielles. Si une personne répond, par exemple, qu'elle a récemment pensé qu'elle était fatiguée de vivre ou que sa disparition ne changerait rien, la plateforme déclenche immédiatement une alerte.

Ce n'est pas un diagnostic médical, mais un signal qui nous indique qu'une prise en charge rapide est nécessaire.

Top News Africa : Vous évoquez également la téléconsultation. Que change-t-elle concrètement ?

Lamine Mireille : C'est une véritable avancée.

Traditionnellement, c'est le patient qui doit parcourir parfois de longues distances pour consulter un spécialiste. Avec la téléconsultation, c'est le spécialiste qui vient vers le patient grâce aux outils numériques.

Cette solution permet d'offrir rapidement un premier avis médical, notamment dans les zones où les professionnels de santé mentale sont peu nombreux. Notre ambition est que cette innovation continue bien après la campagne Y'ello Care afin de toucher le plus grand nombre d'Ivoiriens.

Top News Africa : Vous affirmez que le suicide ne survient jamais sans prévenir. Quels sont ces signaux auxquels il faut être attentif ?

Lamine  Mireille : Le suicide ne se produit généralement pas du jour au lendemain.

Avant le passage à l'acte, il existe presque toujours des signes. Une personne peut commencer à dire qu'elle est fatiguée de vivre, qu'elle n'a plus d'espoir ou que sa mort ne changerait rien. Ces paroles sont parfois prononcées sur le ton de la plaisanterie, mais elles doivent être prises très au sérieux.

Le problème, c'est que l'entourage n'y prête pas toujours attention. Pourtant, ce sont précisément ces signaux que nous voulons apprendre aux populations à reconnaître.

Top News Africa : Avez-vous vécu une expérience particulièrement marquante sur le terrain ? Si oui, pouvez-vous nous la raconter ?

Lamine Mireille : Oui. Une expérience dont je m'en souviendrai toujours.

C'était pendant une enquête nationale sur la santé mentale. Je suis arrivée chez un homme avec ma tablette pour lui faire passer le questionnaire. Au début de notre échange, il m'a simplement dit qu'il ne connaissait rien à la santé mentale. Puis, au fil de la discussion, son visage a changé.

Il m'a regardée et m'a dit : « Madame, vous êtes arrivée juste à temps. » 

Je lui ai demandé pourquoi ?.

Il m'a expliqué qu'il venait de payer les frais de scolarité de ses enfants, qu'il avait laissé un peu d'argent à son épouse et qu'il estimait avoir fait tout ce qu'il pouvait pour sa famille. Puis il a ajouté une phrase que je n'oublierai jamais :

"Je suis fatigué de souffrir. Tout ce que j'entreprends échoue. On me vole, on me cambriole. Je pense que je peux partir maintenant." À cet instant, j'ai compris qu'il était en train de préparer son suicide.

Nous l'avons immédiatement orienté vers une prise en charge. C'est ce jour-là que j'ai mesuré à quel point notre travail pouvait réellement sauver une vie.

Top News Africa : Que retenez-vous de cette expérience ?

Lamine  Mireille : Que la souffrance psychologique est souvent invisible.

On peut croiser une personne dans la rue, lui dire bonjour, sans imaginer qu'elle est en train de lutter contre l'envie de mourir. C'est précisément pour cela que nous allons au-devant des communautés. Nous voulons détecter ces situations avant qu'il ne soit trop tard.

Si chacun apprend à reconnaître les signes, si chacun accepte d'écouter sans juger, alors nous pourrons empêcher de nombreux drames. Parce qu'en matière de santé mentale, quelques minutes d'écoute peuvent parfois sauver toute une vie.

 

BC/Top News AFrica

Publié le mercredi 1 juillet 2026

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